ESCRIME : A LA DECOUVERTE DE NDEYE BINETA DIONGUE. « Marquer l’histoire de l’escrime mondiale »

SENESPORT.NET, ESSYL : L’ambition de tout sportif est de réaliser de grosses performances, c’est vrai, mais, c’est de participer, ne serait-ce qu’une fois dans sa carrière,  à des jeux olympiques. Le summum, le nec plus ultra des compétitions mondiales. Pour cette sénégalaise qui vit en France du nom de Ndèye Bineta Diongue, son rêve est devenu réalité. Elle est qualifiée pour les JO de Tokyo 2021 prévus au mois de juillet.

ENTRETIEN EXCLUSIF AVEC LA CHAMPIONNE D’AFRIQUE:

SSN : Championne, pouvez-vous vous présenter aux internautes de Senesport ?

« Je m’appelle Ndèye Bineta Diongue Je suis escrimeuse épéiste depuis l’âge de 12 ans, membre de la Fédération Sénégalaise d’Escrime depuis 2000.

J’ai été plusieurs fois championne du Sénégal j’ai gagné des open et coupes. Dès lors je ne me suis plus arrêtée, j’avais trouvé ma voie et mes persévérances m’ont permis aujourd’hui d’atteindre le niveau international et olympique.

J’étais médaillée de bronze individuelle en 2008 et 2019 aux championnats d’Afrique et plusieurs fois médaillée par équipe. J’ai passé ma formation de maître d’arme à Dakar en 2014 grâce à la Fédération Sénégalaise d’Escrime (FSE) que je remercie au passage. J’ai participé à des championnats de France par équipes avec différents clubs dont la VGA de Saint-Maur-des-Fossés et le club escrime de Bordeaux. Depuis 2 ans je suis membre de l’As Bondy escrime dont je remercie le président et ses collaborateurs de m’avoir donné l’opportunité d’évoluer au sein de leur structure.

SSN : Par où vous êtes passée pour atteindre ce niveau ?

Ndèye Bineta Diongue : « Fin 2014, j’ai été acceptée en stage pour une durée de 3 mois à l’Escrime Sans Frontières de la Team Levavasseur Escrime du nom de son fondateur maitre Daniel Levavasseur. Ce stage m’a permis d’intégrer son équipe pour une durée indéterminée en vue de réaliser mon rêve de participer aux Jeux Olympiques. Levavasseur Escrime est un club privé. Ne disposant pas de moyens financiers pour m’acquitter des mensualités, maitre Levavasseur m’a donc dispensé de tous paiements. Il a d’ailleurs plusieurs fois contribué de manière significative à ma participation aux compétitions internationales et stages, me trouvant des sponsors. Son adjoint le maître Georges Karam m’a trouvé du travail en qualité d’éducatrice sportive dans des clubs en Ile De France. Lors de certaines compétitions mes collègues filles de l’équipe m’ont souvent hébergé dans leur chambre d’hôtel pour m’alléger des charges, je ne disposais pas de  ressources financières suffisantes. J’ai participé grâce au maitre Levavasseur à plus de 10 compétitions mondiales et à plusieurs stages dans le monde.

SSN : Quel effet cela vous a t’il fait de se qualifier aux jeux olympiques de Tokyo ? 

Ndèye Bineta Diongue : « Ce fut une immense satisfaction d’avoir transformé un rêve d’enfance en réalité, d’avoir relevé un challenge, si je puis dire après plus de 13 ans de travail acharné. Le chemin fut long et tumultueux mais j’ai su rester résiliente. J’ai connu des hauts, des bas…des difficultés de toutes sortes, des déceptions, des sacrifices mais également le bonheur de la persévérance. Je suis remplie de reconnaissance envers toutes les personnes qui m’ont toujours entouré et ont toujours cru en moi, en mes compétences »

SSN : Comment vous avez vécu cette période de pandémie ?

Ndèye Bineta Diongue : « Mes difficultés se sont accentuées cette année avec la situation pandémique. Il faut savoir que je me suis battue toutes ces années sans bourse ni prime et depuis un an je me suis retrouvée avec des heures de travail en moins. Mon cœur est triste quand je pense à tout ce que j’ai dû traverser mais aujourd’hui des larmes de joie coulent quand je vois que tous mes efforts ont fini par payer. Je remercie mon entourage qui n’a cessé de ménager ses efforts pour me redonner le sourire, m’encourager et me soutenir au quotidien. En me qualifiant pour les JO de Tokyo, j’ai senti au plus profond de moi cette fierté nationale, s’épanouir espérant ne pas m’arrêter en si bon chemin.

SSN : C’est votre première qualification ?

Ndèye Bineta Diongue : «  Oui et je peux dire ENFIN c’est le moment tant attendu après être passée à côté des qualifications en 2012 et 2016.

SSN : Comment cela s’est passé à cette compétition de qualification au Caire ?

Ndèye Bineta Diongue : « C’était une compétition que j’ai préparée pendant très longtemps et de manière rigoureuse avec l’appui de mes entraineurs, maitre Levavasseur et son adjoint maitre Karam. J’étais bien entrainée et surtout prête à aller chercher cette victoire tant attendue depuis 9 ans.

Les qualifications de 2021 ont été compliquées avec la crise sanitaire actuelle et les protocoles contraignants pour tous, plus particulièrement pour le monde sportif. Malgré cela, il y avait une très bonne organisation et la compétition s’est déroulée dans de très bonnes conditions au Caire. Merci à la FSE de m’avoir apporté son soutien facilitant cette participation. La compétition en elle-même était difficile et stressante car j’avais conscience que je n’avais 

pas droit à l’erreur sur aucun des matchs. Je me suis déployée à fond grâce à une bonne formation et une expérience notable j’ai pu faire la différence en saisissant mon unique 

chance de me qualifier en gagnant la première place. J’avais mis la barre haute et je l’ai franchie avec brio. J’en suis satisfaite en attendant la suite. »

SSN : Basée en France ne vous handicape pas par rapport aux informations sur place à Dakar ?

Ndèye Bineta Diongue : « Je pense que si je n’avais pas eu cette grande opportunité d’aller poursuivre mes entrainements au sein de l’éminente Team Levavasseu je n’imagine pas que j’aurais la chance d’atteindre ce haut niveau de compétition avec autant de confiance et de compétences. Je ne considère pas cela comme un handicap dans le sens où, j’ai toujours porté haut et fort les couleurs de ma nation lors de mes compétitions internationales. Au vu des moyens de communication bien développés avec les nouvelles technologies je ne doute pas de la fluidité des échanges d’informations utiles de la part de la FSE. Pour information, je suis toujours prête à effectuer les déplacements à Dakar ou tout autre endroit où ma présence sera requise.

SSN : Comment vous avez fait pour faire partie de l’équipe nationale d’escrime ?

Ndèye Bineta Diongue : « J’ai commencé à faire de l’escrime à l’âge de 12ans de 2000 à 2010 avec le Fort B Escrime Club créé par le maitre Sidy Gallo Diop. L’escrime est une discipline qui demande concentration et précision. Cela a suscité mon engouement, le besoin d’appartenance à ce sport. Compétitrice dans l’âme, j’ai ressenti cette adrénaline qui me transportait pendant qu’une grande passion naissait. Maitre Sidy Gallo DIOP, un collègue à mon père qui était dans l’Administration pénitentiaire et par ailleurs Maitre d’arme entraîneur en escrime a été le premier à repérer notre motivation et notre savoir-faire. Il nous a proposé de nous initier à la pratique de l’escrime. Nous en avions fait notre passe-temps favori après l’école. Au fur et à mesure qu’il nous formait, il nous a donné le goût de progresser car il a su déceler notre potentiel. Il nous a encouragé à participer à des compétitions au niveau local, puis national. Par la suite j’ai intégré l’équipe nationale du Sénégal de 2006 à nos jours, je pense grâce à ma motivation, ma détermination et mon travail sans relâche.

SSN : A deux mois des JO où est-ce que vous en êtes avec votre préparation ?

Ndèye Bineta Diongue : « Depuis la qualification les entrainements se sont intensifiés

considérablement. Malheureusement je n’ai pas pu prendre part au premier stage de préparation qui a lieu en ce 

moment  du 4 au 12 mai en Italie. Le programme n’a pu être établi que peu de temps avant cette date, ce qui ne me laissait pas beaucoup de temps pour y prendre part. J’ai aussi entamé un programme de remise en forme physique avec une équipe médicale adéquate afin d’arriver en bonne santé et dans de bonnes conditions physiques aux JO. A l’heure actuelle je m’active sur ma commande de matériels nécessaires.

SSN : Quelles sont vos ambitions pour les JO et la suite de votre carrière ?

Ndèye Bineta Diongue : « J’ai pour objectif de gagner tous mes matchs pour remporter cette médaille olympique synonyme d’excellence. Pour cela, je mettrai toutes les chances de mon côté. J’ai acquis de 

solides techniques. Je serai prête physiquement et mentalement. Seul celui qui ose peut espérer gagner pour moi, et je suis ambitieuse, déterminée à aller le plus loin possible dans la compétition. Pour la suite de ma carrière, après Tokyo, j’envisage de continuer les entrainements, 

participer aux compétitions et stages qui s’offriront à moi, en attendant les prochaines JO de Paris 2024. 

Je sollicite l’appui de nos autorités compétentes à travers le ministère des sports et la FSE dans l’espoir de bénéficier d’une bourse et des primes pour améliorer mes conditions de vie ici à Paris. J’ai eu beaucoup de chance, je rends grâce à Dieu d’avoir mis sur mon chemin. 

Daniel Levavasseur l’un des maitres d’arme les plus éminents et célèbres du monde qui m’a pris sous son aile et m’a aidé à progresser.

Le mot de la fin

J’incite les jeunes escrimeurs à poursuivre leur rêve comme j’ai eu à le faire. Seul le travail paie, il faut croire en soi et se donner les moyens pour atteindre ses objectifs. Dans mes 

projets futurs j’envisage d’organiser des stages d’initiation pour promouvoir le développement la pratique de l’escrime au Sénégal. Je transmettrai mon savoir, mon expérience et mes compétences en la matière. Je continue la collecte du matériel dans les clubs français pour aider nos jeunes escrimeurs. Mon rêve est que tout escrimeurs sénégalais 

puisse avoir sont propres matériels au complet. In fine je voudrai remercier tous les membres de ma famille pour leur soutien inconditionnel dans tous mes choix personnels et professionnels. Ils ne cessent de m’encourager surtout dans 

les périodes difficiles. Je leur dédie ma réussite.

Un grand merci également aux membres des différents clubs au sein desquels j’évolue, à mes amis et collègues escrimeurs, à la FSE et tout particulièrement à mes entraineurs.

Merci à vous spécialement de m’accorder de votre temps et merci aussi à nos chers spectateurs. »

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